22 novembre 2006

"Les pompiers revendiquent"

L’épreuve du feu pour les élus

        Alors que Le Figaro titre, hier, "Les pompiers, enfants gâtés de la République", le pays a connu dans la journée d’importantes manifestations de la profession avec des heurts importants contre les forces de l’ordre, à Paris et à Toulouse.

             

Par les effets de la décentralisation, les patrons des départements sont, depuis 2001, les employeurs des quelque 37 000 pompiers professionnels français. Les pompiers réclamaient une fois de plus une meilleure reconnaissance de leur statut, dans les rues aujourd’hui. En face, les élus dénoncent les nombreux avantages qu’ils ont déjà acquis, hausses de salaire, temps de travail allégé, retraite anticipée. Et de menacer la profession de perdre de sa popularité jusqu’ici inaltérable auprès de la population. Les élus considèrent en effet qu’ils ne peuvent plus satisfaire les revendications, qu’ils jugent de plus en plus catégorielles.

Pourtant la grogne subsiste dans la profession, et les différents syndicats, d’une unité sans faille, ont rejeté les propositions de Brice Hortefeux, ministre délégué aux Collectivités territoriales et proche de Nicolas Sarkozy. Et l’enjeu est politiquement sensible. La profession aura réussi à faire parler d’elle dans certains journaux télévisés du soir par les incidents parfois très violents entre elle et les forces de l’ordre durant les manifestations. En effet, le cortège a été repoussé sans ménagement par les gardes mobiles et CRS qui n’ont pas hésité à employer gaz lacrymogènes, grenades et canons à eau. Bien équipés, les pompiers ont riposté, et le conflit a duré dans certaines localités.

Leurs principales revendications sont la revalorisation des salaires et primes, la reconnaissance du statut de métier à risque pour leur profession. Ils déplorent par la même occasion les dérives de leurs missions. La lutte contre le feu n’occupe en effet plus que 10% de leur activité, la principale mission étant le secours à la personne, 70% des interventions, et ce qu’ils décrivent comme leur quotidien, "le caillassage dans les cités ou le ramassage des ivrognes sur la voie publique". Bien que la loi de prévention de la délinquance en lecture actuellement à l’Assemblée nationale prévoie la criminalisation des agressions contre les pompiers, ces derniers expriment un ras-le-bol fort de sens, qui met en position difficile le gouvernement, et particulièrement le ministre de l’Intérieur. En effet, Nicolas Sarkozy n’avait de cesse depuis son accession au "trône" de vanter les mérites des hommes du feu. Il faut croire que cela n’aura pas suffi à éteindre l’incendie. Faute de consensus et de dialogue, il aura fait appel une fois de plus à la répression, comportement qui a laissé perplexes et amers les pompiers en fin de journée.

Bien que le retentissement médiatique ait été faible, à part l’article du Figaro qui a un parti pris très marqué contre la profession, assimilée ni plus ni moins à une catégorie de fonctionnaires grincheux, il n’en reste pas moins que les hommes du feu auront provoqué des émules et n’ont pas encore trouvé réponse à leurs interrogations. Il faut prendre le risque de penser que les pompiers ne vont pas rester sur un échec, et qu’ils vont rappeler leurs revendications et agir de façon encore plus radicale. Décidément, le gouvernement n’arrive plus à fidéliser sa clientèle, même les professions qu’il a l’habitude de juger comme les plus nobles et les plus dignes d’intérêt. source AGORA VOX

Posté par C_H_A_T à 18:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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