PARIS (Reuters) - Le fondateur des Enfants de Don Quichotte, Augustin Legrand, s'est réinstallé lundi aux côtés des sans-abri qui campent au Canal Saint-Martin, à Paris, d'où il a demandé la démission de Catherine Vautrin.

Soixante-douze heures après son retour d'Afrique du Sud où il a tourné un film pendant plusieurs semaines, le défenseur des mal-logés veut donner un nouveau souffle au mouvement créé mi-décembre 2006 et actuellement en perte de vitesse.

Outre la démission de la ministre déléguée à la Cohésion sociale, il a appelé à un renforcement du campement, emblème de l'association, par l'implantation de toutes nouvelles tentes.

Son objectif : remobiliser les citoyens autour du sort des sans-abri au moment où le projet de loi sur le droit au logement opposable est examiné à l'Assemblée nationale par les députés qui le voteront définitivement, jeudi.

Les services de Catherine Vautrin se sont refusé à tout commentaire.

Plantées depuis plus de deux mois le long du Canal Saint-Martin, les 120 à 130 tentes restantes sont devenues un casse-tête pour le gouvernement dont l'image risque d'être ternie par un éventuel incident, dans un contexte de campagne électorale.

Au plus fort du mouvement, le campement avait abrité plus de 250 tentes. Vendredi, Catherine Vautrin n'a pas caché que leur présence empêchait la sortie de crise dans ce dossier pour lequel le gouvernement a annoncé, le 8 janvier, sous la pression, un Plan d'action renforcé" d'hébergement.

Il prévoit la mise en place de plus de 27.000 places destinées à accueillir les SDF, à leur trouver une solution "pérenne" dans des hébergements améliorés et leur à fournir un accompagnement social.

RENFORCER LA SECURITE, CALMER LES RIVERAINS

Les Enfants de Don Quichotte dénoncent l'inefficacité du dispositif et déplorent le déficit d'information envers les SDF.

Le campement du Canal Saint-Martin compterait encore 30 à 50 personnes en "très grandes difficultés" qui refusent de quitter les lieux malgré des propositions d'hébergement, a assuré vendredi la ministre.

Faux, a-t-on rétorqué lundi à l'association, où l'on fait état de la présence d'une centaine de personnes dont "certaines sont en grande détresse". "Elles ne refusent pas de partir", a défendu François Lepinay, un des animateurs du Canal, estimant que les propositions "ne leurs sont pas adaptées".

"Il s'agit de dortoirs (...) et c'est très difficile de trouver un hébergement de qualité", a-t-il dit.

Craignant, une exaspération des riverains à l'égard de cette population, accusée parfois de "débordements" liés à l'alcool, les Don Quichotte ont décidé de renforcer la sécurité au campement et de lancer un nouvel appel à l'aide aux travailleurs sociaux afin de "renforcer les moyens humains".

Ils se sont engagés à reprendre la distribution quotidienne de repas et de cafés, supprimée depuis plusieurs semaines.

Ils ont réitéré au gouvernement leur demande d'une cellule de suivie, qui consacrerait davantage de "moyens humains" à la recherche des bâtiments vacants en Ile-de-France.

L'objectif est de créer des centres à visage humain, comportant 30 à 40 hébergements maximum contre par exemple 400 actuellement à la Mie de Pain, a-t-on expliqué.