Il y a d’un côté celui qui fuit le débat, ne supporte pas la contradiction et veut empêcher les autres de parler entre eux (c’est Nicolas Sarkozy) et d’un autre côté celle qui croit au dialogue, à la possibilité de rassembler et à la nécessité de redresser la France grâce à toutes les bonnes volontés (c’est Ségolène Royal)

 

Un dialogue est possible pour sortir de la logique bloc contre bloc dans laquelle Nicolas Sarkozy voudrait entraîner la France.

 

1) Les Français ont le choix entre deux conceptions de la façon de faire de la politique.

 

La qualité du dialogue qui a eu lieu entre S. Royal et F. Bayrou sur BFM ce samedi 28 avril en témoigne : quel symbole ! Ceux qui ont écouté ce débat ont compris qu’il s’agissait :
- d’une rencontre organisée en toute transparence,
- entre deux personnalités politiques libres,
- souhaitant s’exprimer sans dogmes et sans tabous.

 

Contrairement à ce que proclame avec beaucoup d’intolérance Nicolas Sarkozy dans ces derniers meetings, cette démarche est à l’opposé des manœuvres de partis.

 

Qu’est-ce que ce dialogue réussi prouve ? Il démontre que même lorsque l’on a pas les mêmes convictions sur tout, l’échange des idées peut avoir lieu dans une atmosphère détendue et sur le fond, faire apparaître l’essentiel, c’est-à-dire des convergences sur les valeurs républicaines, la nécessité de rénover les institutions, de garantir la liberté de la presse, de faire progresser l’Europe.

 

Les divergences qui existent, divergences qui ne sont ni minimes ni forcément insurmontables -sur la façon de résorber le chômage, de mettre en place les 35 heures, de cibler les aides aux entreprises- n’ont nullement empêché un débat de très bon niveau, sans coup de théâtre, ni attaques politiciennes.

 

Par comparaison avec cette démarche novatrice, que les Français réclament à juste titre, ceux qui ont choisi le "camp de Nicolas Sarkozy" semblent, par principe, réfractaires à cette forme d’ouverture d’esprit.

 

Suite à ce débat entre S. Royal et F. Bayrou, chacun a pu constater :

 

- la rage à peine contenue de N.Sarkozy en visite à Valenciennes avec JL Borloo : Le Président de l’UMP a lancé, plein de colère : "Ils discutent boutiques et partis dans un hôtel parisien, moi je suis sur le terrain". Lors d’une visite dans une usine, il s’est ensuite adressé aux ouvriers avec virulence en leur disant : "c’est vous qui choisirez le Président, pas les élites ni les journalistes". Quel mépris pour ces ouvriers ! Est-ce que Monsieur Sarkozy sous-entend que les ouvriers de cette usine ne sont pas capables de comprendre les termes du débat entre Mme Royal et Monsieur Bayrou ? N’ont-ils pas le droit eux aussi d’être mieux éclairés pour voter en conscience le 6 mail ?

 

- la condescendance insupportable des "sarkozystes" : Dominique Paillé a par exemple déclaré : "sur le fond F. Bayrou donne des leçons à S. Royal en matière économique et européenne auxquelles elle a du mal à répondre. Chacun cherchait à tirer ce débat pour lui." Comment est-il possible de réduire ce qui s’est dit entre M. Bayrou et Mme Royal à une question politicienne ? Aucun des deux participants à ce dialogue n’a souhaité tirer la couverture à lui. C’est dans l’intérêt de la France et des Français que Ségolène Royal a proposé ce débat à François Bayrou et que ce dernier a eu le courage de l’accepter.

 

- l’embarras des UDF qui se sont rangés derrière le rouleau compresseur de N. Sarkozy et qui cherchent à justifier leur choix sans pouvoir l’argumenter : Le député européen Jean-Louis Bourlanges a par exemple déclaré : "non ce débat n’est pas stérile. Il n’y a pas eu connivence. L’économique et le social continuent de séparer F. Bayrou et S. Royal, ce qui explique le soutien de députés UDF à N. Sarkozy. Moi je voterai N. Sarkozy. Les idées de F. Bayrou ne sont pas solubles dans celles de S. Royal." Mais qui parle de dissoudre des idées dans d’autres idées ? Les idées de l’UDF sont-elles a contrario solubles dans celles de l’UMP ?

 

2) Nous comprenons mieux pourquoi Nicolas Sarkozy voulait empêcher le débat d’avoir lieu : il en est le grand absent et son attitude confirme les intuitions de François Bayrou à son sujet.

 

Nicolas Sarkozy pense être maintenant très proche d’atteindre le but de sa vie, maintenant qu’il a réuni 31% des suffrages au premier tour des élections présidentielles : il ne cesse de se référer aux 11 millions d’électeurs qui ont voté pour lui le 22 avril comme s’il s’agissait d’une dot.

 

Dans son esprit il est quasiment élu à la tête de l’Etat et doit dès à présent être traité en conséquence par les média et ses adversaires politiques. Il a écrasé ses adversaires et entend faire régner sa loi sans attendre la formalité du 6 mai...

 

La vie politique française doit plus que jamais s’organiser autour de lui. Il considère donc comme insupportable qu’il puisse y avoir des journalistes susceptibles de s’intéresser encore à ce que peut bien avoir à dire celui qui est arrivé en troisième position.

 

Au-delà de ce "dépit médiatique", se dessine une vraie inquiétude pour Nicolas Sarkozy. Il ne faudrait pas que les Français se rendent compte qu’en réalité il est assez isolé ! Que la voie qu’il leur propose, cette France d’après, ce drôle de rêve qu’il fait pour eux, n’est pas une fatalité ! Une autre voie est possible.

 

Les diagnostics établis par Ségolène Royal et Français Bayrou et les valeurs qu’ils portent ne sont pas tout à fait identiques bien entendu, mais on peut dire sans se tromper qu’ils ne sont pas non plus si éloignés que cela. Si nous devions résumer les axes forts de convergence, nous pourrions convenir que ces deux personnalités sont d’accord pour dire deux choses essentielles :
- les valeurs humaines valent mieux que les valeurs boursières ;
- il est nécessaire de mettre en place un Etat impartial en France, ainsi qu’une rénovation des institutions.

 

Ces deux points fondamentaux ne sont pas présents dans les propositions de Nicolas Sarkozy, ou s’ils sont proclamés dans les magnifiques discours que prononce le candidat de l’UMP depuis plusieurs mois, n’apparaissent guère crédibles pour un grand nombre de Français.

 

Beaucoup d’entre eux savent en effet, ou du moins pressentent, que Nicolas Sarkozy est un homme de clan. Ce n’est pas Ségolène Royal qui l’a dit, mais François Bayrou. Rappelons en effet les propos de F. Bayrou sur N. Sarkozy (c’était dans l’émission Dimanche Plus sur canal Plus) : "Ce n’est pas parce que le renard de couvre de plumes qu’on va le prendre pour une poule. Alors il se couvre de plumes pour rentrer dans le poulailler et pour qu’on ne fasse pas attention à lui. Mais il y a très très longtemps que les Français savent faire la différence entre les renards et les poules."

 

François Bayrou a même indiqué : "C’est un homme qui veut le pouvoir pour son clan. Il l’a fait depuis qu’il est en politique. Il est issu d’une culture que j’appelle des Hauts-de-Seine et vous voyez ce que je veux dire quand je dis ça. C’est le contraire d’une démocratie ouverte dans laquelle chacun est respecté pour ses idées. (…) Nicolas Sarkozy a pris l’habitude de dire une phrase qui dit : "qui n’est pas avec moi est contre moi". Pour moi, cette phrase signifie qu’on ne respecte pas les autres en tant que tels."

 

Respectons-nous les uns les autres ! Dialoguons et, pour redresser la France, ayons l’audace de voter pour Ségolène Royal au deuxième tour de l’élection présidentielle.

Carmen del Rocio