30 mai 2007

Senlis, Chantilly - Les secrets de la bourgeoisie

C'est paradoxalement au cœur de la Picardie, l'une des régions les plus pauvres de France, que se trouve l'une des plus grosses concentrations de fortunes du pays. Autour de Chantilly et de Senlis, le monde hippique se mêle à celui des affaires, les pilotes de ligne côtoient des cadres parisiens ou des artistes… Tour d'horizon du Who's Who local      

agardère, Dassault, Rothschild, Trigano... Autant de familles prospères qui ont marqué ce coin de verdure où coulent quelques rivières. Où dorment des étangs. Où plusieurs catégories de bourgeois plus ou moins fortunés se côtoient, non loin de la grisaille de la couronne parisienne. Derrière la banlieue, la «beaulieue». D'immenses villas trônent là, dans les sous-bois de la forêt de Chantilly. Une forme de ghetto pour riches, qui diffère en tout point du reste de la Picardie, de ces villages fantômes faits de briques aux rues désertes du Santerre (Somme). Rien à voir non plus avec l'Aisne et son industrie textile déchue, qui a laissé derrière elle de mornes cités démoralisées.

sse. La bourgeoisie ne se quitte plus. Se côtoie, s'accouple, s'apprécie. Lamorlaye, avenue de Gouvieux. La folie des grandeurs a élu domicile sur de vastes terrains, tantôt dissimulés derrière de robustes murs de pierres, tantôt exposés à la vue de tous.

Quelques kilomètres plus loin, son exact symétrique: Gouvieux, avenue de Lamorlaye. Mêmes villas.

Le Lys-Chantilly, aux impressionnantes demeures, est un domaine privé huppé où vivent des hommes d'affaires. Leur terrain de jeu, au milieu de ce quartier: le green du golf, l'un des plus anciens de France.

Avenue du Général-Leclerc, à l'entrée de Chantilly. On avance d'un cran dans l'opulence. Dans cette artère se dressent les maisons d'André Verchuren, le fameux accordéoniste, de Christiane Head, surnommée «Criquette», entraîneuse de chevaux de course à succès. L'Aga Khan, mécène du château de Chantilly et de l'hippodrome, vit non loin de là, juste à côté du château de Montvillargenne, l'hôtel-restaurant de luxe où s'est fiancé le footballeur brésilien Ronaldo.

 

Orry-la-Ville, Coye-la-Forêt, Vineuil-Saint-Firmin... La liste des villes prisées par labourgeoisie est longue. Grosses berlines de rigueur. Quant aux 4 x 4 et aux quads, n'en parlons pas. Les Parisiens aisés viennent s'exercer à la conduite de ces engins, en compagnie des autochtones, durant le Salon européen des loisirs motorisés, qui se tient en avril, à Chantilly. Autorisant ainsi ces riches conducteurs à se balader au volant de leurs monstres en forêt, avec la bénédiction de l'Institut de France. Ces journées-là, la richesse ne se montre pas, elle pétarade.

Quand l'époque des courses arrive, c'est aux abords de l'hippodrome que se déroule le concours du plus grand chapeau rose pastel, avec comme moment phare le Prix de Diane-Hermès, au mois de juin. Le polo aussi a la cote. Comme le cricket, nouvelle distraction à découvrir en mai à Apremont, où il faudra absolument être vu. Les joueurs? Beaucoup de citoyens de Sa Majesté la reine d'Angleterre, que l'on peut même avoir la chance de croiser lors des messes dites en l'église anglicane de Chantilly.

Quand ils ne jouent pas, les bourgeois se retrouvent au Rotary ou au Lions Club de Senlis ou de Chantilly, cercles de bienfaisance pour gens aisés. Ils sont majoritairement issus de familles catholiques, penchent plutôt à droite, comme en témoigne la couleur politique des communes où ils résident. Il faut dire que l'immobilier ne contribue pas à la mixité sociale dans le sud de l'Oise. Le prix des maisons y atteint des sommets, comme à Senlis, réputée pour ses hôtels particuliers dotés de caves gothiques à voûte sur croisée d'ogives. Cette ville abrite aussi, dans la chapelle royale Saint-Frambourg, la Fondation Cziffra - du nom du grand pianiste hongrois, décédé ici - qui soutient les jeunes talents.

Les Parisiens fortunés ne sont pas les seuls à avoir fait de ce décor verdoyant aux portes de Paris leur base arrière. Une bourgeoisie moyenne s'y est également installée, chassée de la capitale par le coût de la vie. Tandis que la proximité de Roissy-Charles-de-Gaulle a encouragé l'installation d'entreprises internationales, arrivées avec leurs cadres.

Seule ombre au tableau: Creil et son bassin, deuxième agglomération de Picardie, derrière Amiens. Dans certains quartiers, le chômage dépasse 50%. Même les officiers de la base aérienne 110, à Creil, ont misé sur d'autres localités, plus tranquilles. Un choix de vie pour ces bourgeois qui ont souvent des enfants: la totalité des collèges de l'agglomération (sauf un) sont classés en zone d'éducation prioritaire (ZEP). Un cercle vicieux, selon Guilhem Ricalens, opposant UMP à la mairie de Creil: «Avec 65% de logements sociaux, Creil ne s'adresse pas aux cadres. Il y a très peu d'accessions à la propriété. Un cercle vicieux, selon Guilhem Ricalens, opposant UMP à la mairie de Creil: «Avec 65% de logements sociaux, Creil ne s'adresse pas aux cadres. Il y a très peu d'accessions à la propriété.»

Nul doute, le sud de l'Oise est bien à part et fausse les données régionales en rehaussant le niveau de vie moyen des Picards. D'après l'Insee, le revenu annuel des Picards est de 14 403 € (1). Une moyenne qui masque d'énormes écarts: 18 999 € à Senlis, 19 251 € à Chantilly, 24 963 € à Lamorlaye (record régional); mais seulement 13 634 € à Beauvais et 10 027 € à Creil.

Une autre particularité altère les moyennes: si les salariés de l'Oise sont plutôt bien rémunérés, c'est que de nombreux actifs travaillent en Ile-de-France, où les salaires sont plus élevés. Deux phénomènes qui n'enlèvent rien à la réalité: cette partie de la Picardie est bel et bien la «beaulieue» de Paris.

(1) Revenu médian par unité de consommation en 2002.

Ils ont choisi de vivre dans l'Oise

  Juliette Gréco
La môme de Saint- Germain-des-Prés a quitté son Paris pour se retirer à Verderonne, un village de 400 âmes près de Liancourt. Elle vit dans une maison en face de la mairie, où elle exerce son devoir de citoyenne à chaque scrutin.

Gérard Depardieu
L'acteur français le mieux payé a acheté une maison à Senlis, rue de Compiègne. Une luxueuse demeure qui avait appartenu à… Peter Falk (Columbo), non loin de la station-service Total.

André Verchuren
L'accordéoniste vit à Gouvieux, sur l'avenue du Général-Leclerc, artère réputée pour ses nombreuses écuries. Natif de Creil, résistant dans l'Oise, il n'a jamais quitté ce département.

Marc Lavoine
Le chanteur (également acteur à ses heures) n'a pas de résidence dans l'Oise. Mais il y vient régulièrement, puisqu'il est ami avec Abdel Aïssou, sous-préfet de Senlis. Il a même pris l'habitude de soutenir des actions positives dans les quartiers difficiles de l'agglomération creilloise.

Dominique Rocheteau
«L'Ange vert», l'artiste du ballon rond de la grande équipe de Saint-Etienne, vit à Morienval, charmant village de la vallée de l'Automne.

Dominique Pinon.
L'acteur fétiche de Jean-Pierre Jeunet (Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, Un long dimanche de fiançailles) s'est installé voilà plusieurs années maintenant à Senlis.

Ici, la richesse appelle la richesse

source l'express

Nicolas Goinard

Posté par C_H_A_T à 15:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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