Conséquence de la proximité de Roissy, de nombreux salariés de la compagnie aérienne ont élu domicile dans la région

«Si on enlevait les gens qui travaillent à Roissy-Charles-de-Gaulle de la région de Senlis, il ne resterait pas grand monde.» Le constat, exprimé par un pilote d'Air France, est un peu brutal, mais il n'est pas complètement erroné.

1974: l'aéroport Charles-de-Gaulle accueille ses premiers avions. Beaucoup de salariés d'Orly sont mutés sur le nouveau terminal. Bernard Borella, président de l'aéroclub de Creil-Chantilly-Senlis, se souvient: «Au début, beaucoup ont résisté et sont restés dans le sud de la capitale. Puis ils se sont mis à chercher dans le nord. Et, pour eux, le nord, ça a été le sud de l'Oise.» Une recherche qui s'effectue en fonction de la proximité des pistes de Roissy, certes, mais également en fonction des couloirs aériens. Car ce qui fait la force de la région de Chantilly-Senlis, comparée à celle de Gonesse-Sarcelles, c'est d'être relativement épargnée par ces nuisances sonores. Des couloirs que les pilotes connaissent par cœur, évidemment.

 

Parmi leurs communes préférées: La Chapelle-en-Serval, Orry-la-Ville et, surtout, Senlis, qui bénéficie d'une entrée rapide sur l'autoroute A1. Le trajet jusqu'à Roissy n'est que de quinze minutes. De plus, les embouteillages sont rares. Chez Gérard Caron, chef d'atelier retraité chez Air France, l'aviation civile est une histoire de famille. Il est le père d'une hôtesse de l'air et d'un… chef d'atelier. Il est arrivé dans l'Oise un peu par hasard. Après avoir vécu à Goussainville (Val-d'Oise), il a atterri à Fleurines, une petite commune à côté de Pont-Sainte-Maxence. «J'étais le premier», se souvient-il. Désormais, cette ville située à vingt minutes de Roissy abrite une petite dizaine de familles qui ont un lien avec l'aéroport international.

Roissy a constitué, pour tout le sud de l'Oise, une belle occasion d'accueillir de nouveaux résidants à fort pouvoir d'achat. Des «néo-Isariens» que l'on a pris soin de bichonner. A Chantilly, par exemple, la mairie a mis en place des services de garde d'enfants à toute heure. Eric Woerth, le maire (UMP), explique: «Ces personnes n'ont pas des horaires de bureau. C'était pour eux un service indispensable.» La qualité de la vie au bout des ailes

 

Lilian Lefort: la base idéale

Qualité de vie, jardin et bonne compagnie: pour ce jeune pilote, Senlis est la ville rêvée pour poser ses valises

Officier pilote de ligne. C'est l'intitulé exact du métier de Lilian Lefort, salarié de Régional, une compagnie aérienne filiale d'Air France. Ce jeune pilote de 36 ans vit depuis quatre ans à Senlis. Une maison dans le centre-ville qu'il a eu du mal à dénicher. «Ici, quand on demande un pavillon avec un garage et un jardin, c'est difficile. Mais, quand on a les moyens, on trouve.»Lilian Lefort est entré en 1998 chez Régional, après un parcours atypique d'instructeur en aéroclub, sans être passé par l'Ecole nationale de l'aviation civile (Enac). Il débute à Lyon, d'où il est originaire. Sa femme, elle, est contrôleuse aérienne à l'aéroport Charles-de-Gaulle. Bientôt, il réussit à se faire muter à Paris. Les premiers temps, le couple loge à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), avant de se tourner vers le nord de la capitale. «Nous avions des amis à Senlis. En venant les voir, nous avons trouvé cette petite ville jolie. Nous installer ici nous a permis de sortir des bouchons parisiens et de trouver un meilleur cadre de vie.»Pendant ses jours de repos, Lilian ne quitte pas pour autant les turbulences aériennes. Il retrouve d'autres pilotes, collègues parfois, à l'aéroclub. Il y donne des cours à des jeunes qui, demain, suivront peut-être son chemin.

source l'express

Nicolas Goinard