Ceux qui travaillent à Paris mettent moins de vingt minutes pour rejoindre la gare du Nord. Le week-end, ils jouissent du calme et des loisirs sur place.

Embouteillages du matin en pleine forêt. Un parking qui se remplit à toute vitesse. Des maris consciencieux qui mènent leurs femmes au départ du train, ou vice versa. Nous ne sommes pas sur la Francilienne, encore moins sur le périph', mais aux abords de la gare d'Orry-la-Ville - Coye-la-Forêt, terminus du RER D. Près de 2 500 voyageurs transitent chaque jour sur ces quais situés à dix-neuf minutes à peine de la gare du Nord. Dans ce secteur, les prix de l'immobilier s'envolent. Une petite résidence construite il y a quinze ans propose des appartements à 3 300 € le mètre carré. Des tarifs équivalents à ceux des quartiers les plus populaires de Paris. Le calme commence à coûter cher.

Les Parisiens s'exilent dans l'Oise, tels des Rastignac à l'envers, pour jouir d'un nouveau mode de vie. Ils s'installent en Picardie avec des salaires bien supérieurs à ceux des habitants du nord de la région. Naturellement, ces nouveaux habitants choisissent les villes proches des gares: Coye-la-Forêt, Orry-la-Ville, Chantilly. Le week-end, on les croise, sur le marché de Chantilly, par exemple, ou dans quelques restos branchés de Senlis - le Lido, notamment. Monsieur roule en Audi A3 et Madame en Austin Mini. Mais l'augmentation des loyers les repousse chaque jour davantage vers le nord, à quarante minutes de train de Paris. «Ils sont de plus en plus nombreux à sauter le sud de l'Oise pour acheter à Clermont», remarque Eric Woerth, dont la ville, Chantilly, manque de foncier en raison des courses de chevaux: «Ils ont besoin de place...» De ce fait, en six ans, la population de Clermont a crû de 11% - la plus forte augmentation du département - et des maisons ont pu se vendre jusqu'à 1 million d'euros. Du jamais-vu! Le sud subit la même tendance à un rythme certes inférieur, mais certain.

Les villages sont en mutation et changent de visage. Avec ces nouveaux habitants, Claude Gewerc, président (PS) du conseil régional et ancien maire de Clermont, avoue être confronté à un problème: «Nous avons des gens qui arrivent en Picardie pour bénéficier d'un nouveau mode de vie, et non pas parce qu'ils recherchent une culture particulière.» La grande majorité n'éprouve aucun sentiment d'appartenance à la région. Un signe: ils lisent Le Parisien, qui a, il est vrai, une édition dans l'Oise. Donnée dérisoire? Pas tant que cela. Aux yeux des Franciliens, Le Courrier picard, l'autre quotidien régional, reste surtout perçu comme le quotidien de la Somme et du nord de l'Oise. Le conseil régional se demande donc comment il va bien pouvoir transmettre à ces nouveaux arrivants les rudiments de l'identité picarde.

Philippe Vernier, maire affranchi

Pendant quinze ans, il a fait le trajet entre Coye-la-Forêt et la Défense en RER pour se rendre à son travail
Sur la photo accrochée dans son bureau - une vue du ciel de la commune - Philippe Vernier, maire (sans étiquette) de Coye-la-Forêt, montre du doigt le chemin qu'il effectuait à pied, à travers bois, quand il travaillait à Paris. «Nous sommes arrivés ici en 1975. Au début, j'allais à la gare en marchant. Puis à vélo. Et finalement en voiture, quand j'ai commencé à avoir des horaires plus soutenus.» Après avoir résidé en région parisienne, avec sa femme, ils optent bientôt pour l'Oise. L'édile raconte: «Mes beaux-parents habitaient Coye. Je me suis même marié ici en 1966. Donc, nous connaissions cette ville. En cherchant, nous avons trouvé une maison.» Il travaille alors à la Défense, dans l'ingénierie nucléaire, et effectue chaque jour cinquante-cinq minutes de trajet. Raisonnable pour l'Ile-de-France. De son bureau de la tour Areva, il domine ce temple des affaires peuplé de cadres hyperactifs et de working girls. Il apprécie d'autant plus le retour, chaque soir, dans sa campagne coyenne. Ce qui explique l'arrivée de nombreux actifs aux alentours de Coye. Philippe Vernier ajoute: «Avec le RER B au départ de la gare du Nord, Coye est également très bien située pour les salariés qui travaillent au sud de Paris.»A la retraite depuis 2000, Philippe Vernier est devenu maire en 2001. Il correspond parfaitement au visage de sa population: quelque 1 800 actifs, dont près de la moitié travaillent à Paris.

source l'Express

Nicolas Goinard