La colère est loin de retomber au tribunal de grande instance. Sans droit de grève, les magistrats ont affirmé haut et fort leur solidarité avec les avocats.

A SITUATION exceptionnelle, assemblée exceptionnelle. Hier matin, dans la salle de la cour d'assises de l'Oise, au palais de justice de Beauvais, se sont retrouvés côte à côte avocats, magistrats et fonctionnaires. Tous unis dans l'incompréhension, l'inquiétude, l'amertume, voire la colère après le choix de Senlis pour accueillir le pôle de l'instruction du département de l'Oise.

 

« L'heure est grave », a déclaré Jean-Luc Dooms, le président du tribunal de grande instance de la ville-préfecture. A ses côtés, le bâtonnier du barreau de Beauvais, Isabelle Fuhrer, le procureur de la République, James Juan, et la directrice du greffe du TGI, Marie-Céleste Silva. 

« C'est la première fois  que le barreau décide  de faire une grève  de cette ampleur  »

Dans la motion adoptée mardi, magistrats (ils sont 28 à Beauvais) et fonctionnaires (une soixantaine d'agents) affirment leur solidarité avec les soixante-trois avocats du barreau de Beauvais qui ont cessé toute activité depuis mardi matin. « C'est la première fois que le barreau décide de faire une grève de cette ampleur, souligne M e Fuhrer. Nous sommes prêts à engager d'autres actions qui viendront durcir le mouvement si nécessaire. » Ceci dans l'hypothèse où Rachida Dati, la garde des Sceaux, n'entendrait pas les arguments des acteurs de la vie judiciaire beauvaisienne qui, tous, réclament la création d'un pôle de l'instruction à Beauvais

« La réforme est annoncée comme étant dans l'intérêt du justiciable, poursuit M e  Fuhrer. Or, comment une victime d'inceste à Grandvilliers ne serait pas pénalisée par l'installation d'un pôle de l'instruction à Senlis, beaucoup moins bien desservi que Beauvais ! »

Tous craignent de voir, à terme, le TGI de Beauvais « vidé de son activité pénale » qui n'a cessé de croître ces dix dernières années pour passer de 15 000 procédures en 1997 à 27 000 en 2006. Certes, le nombre d'affaires à l'instruction a baissé, le parquet ayant fait le choix de favoriser les procédures alternatives du type médiation. « Ce sont des félicitations que nous aurions dû recevoir ! », estime le procureur, James Juan.

Corinne Fourcin

jeudi 01 novembre 2007 |     Le Parisien