Alors que la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) a été adoptée cet été, les étudiants s'organisent depuis quelques jours un peu partout en France pour obtenir son retrait.

 

De réunions en assemblées générales, à Rouen, Toulouse, Caen et Paris, ils sont plusieurs centaines à avoir voté le blocage de leurs établissements. A Aix-en-Provence, la fac a été fermée sur décision du président de l’université. Même chose à Paris pour le centre Pierre-Mendès France (Tolbiac). Le 31 octobre, une assemblée générale de près de 800 personnes a voté à la majorité (650) le principe du blocage. Feu de paille ou prémisses d'un mouvement d'envergure? Revue de blogs.

 

Publié sur la plupart des blogs de syndicats étudiants, le communiqué de la présidence de Tolbiac annonce la fermeture du centre Pierre-Mendès France tente de désamorcer la mobilisation:

 

"La présidence de l’Université rappelle que les locaux universitaires sont destinés d’abord à l’enseignement et aux étudiants, qu’elle est certes ouverte à la tenue de débats les concernant, mais qu’elle ne peut accepter un blocage durable de son fonctionnement normal et le déroulement d’activités dans des conditions qui mettent en cause la sécurité."

Laconique, ce communiqué n’est pas au goût de tous les étudiants. Louise, étudiante-blogueuse, commente les mails de la présidence:

"Pour informer ceux qui n'ont pas la chance suprême de recevoir les beaux mails du bureau de la présidence, je résume: les étudiants sont méchants, bêtes et indisciplinés, ils vivent dans leurs bulles, font des rêves en Technicolor et en plus ils ont sali la belle fac qu'est Tolbiac."

Craignant la contamination, la symbolique Sorbonne a mis en place un système de filtrage ne laissant passer que les étudiants munis de leurs cartes. Système déjà largement utilisé durant le mouvement des étudiants contre le CPE (contrat première embauche). Et qui n’avait pas dissuadé les militants.

 

En cause, cette fois-ci, la fameuse loi Pécresse, que Louise considère comme une "catastrophe intellectuelle":

 

"Les universités françaises sont un lieu de culture et d'échange du savoir pour tous ceux qui ont eu le baccalauréat sans autres conditions.

"De plus, la fac "appartient" si l'on peut dire aux étudiants (ils y sont quand même les plus nombreux), et, bien loin de demander l'autogestion qui a mon sens n'apporterait rien de bon, je crois qu'ils ont leur mot à dire dans les différents conseils d'administrations qui régissent la fac. (...) Pour simplifier pour tous ceux qui n'ont pas lu la loi, c'est une pure catastrophe où rien ne va."

De son côté, Antoine affiche son opposition à la loi Pécresse et au blocage. Ayant participé à des blocages, en 2006, pour protester contre le CPE cher à Dominique de Villepin, Antoine estime qu’il s’agit d’une autopénalisation:

"Je suis davantage partisan d'actions ponctuelles, fortement médiatisées et susceptibles de marquer l'opinion publique. Au lieu de se disperser à plusieurs centaines pour essayer d'empêcher plusieurs milliers d'étudiants d'aller en cours, je pense qu'il est plus judicieux de se rassembler afin de mener une action commune qui emmerde les vrais responsables de ce marasme.

"En 2006, j'avais bloqué des trains pendant une heure à Gare du Nord (avant de me faire taper dessus par des CRS), j'avais bloqué le periphérique à une heure de pointe, j'avais bloqué le RER à Noisy-Champs, j'avais mené une opération escargot autour de la fac, j'avais fait un sitting devant la prison de la Santé, la mairie de Meaux, l'ANPE de Senlis et à Disney Village, j'avais participé à un immense pique-nique boulevard Saint-Michel..."

Sur le Bondyblog, une étudiante rend compte de l’ambiance, tendue, entre bloqueurs et bloqués à Tolbiac. De chaque côté, on en appelle à 2006 et à la mobilisation réussie contre le CPE:

 

"Léa, étudiante en deuxième année d’histoire, tente d’expliquer, la voix déjà cassée, 'qu'on a le pouvoir de faire plier le gouvernement, comme on a réussi à le faire avec le CPE', ce qui ne manque pas de provoquer la réprobation de celles et ceux qui veulent aller en cours.

Parmi eux, Sonia, un bouquin de sciences économiques entre les mains, lance: 'Si c’est pour ne pas aller en cours que vous faites ça, autant quitter le système universitaire et laisser la place à ceux qui veulent étudier! Et puis d’abord, c’est quoi vos revendications?' "

Les revendications des étudiants vont au-delà de l’abrogation de la loi sur l’autonomie des universités. A Tolbiac, les étudiants ont voté, outre la solidarité avec les cheminots et les sans-papiers, la gratuité des transports et de la santé. Des revendications à foison moquées par le blog ultraconservateur E-deo:

 

 

"Les causes de ces blocages? La réforme de l’autonomie et du financement (désormais plus seulement public) des universités votée au début de l’été mais aussi la solidarité avec les cheminots et les sans-papiers… Manquait plus que le peuple tibétain!"

L’Uni (Union nationale inter-universitaire), syndicat de la droite universitaire, condamne ce qu’elle désigne comme des preneurs d’otages:

 

"Alors, quelle est leur motivation? Peu importe, comme ils l’écrivent 'ce mouvement naît du prétexte de la loi sur l’autonomie des universités'. En revanche, 'il s’inscrit plus généralement dans une offensive à l’encontre du pouvoir en place'.

 

"Tout est prétexte pour exprimer leur pouvoir de nuisance, 'Les cheminots, la loi sur l’ADN, les profs, les fonctionnaires', tout est bon 'pour prendre le pavé'. Leur objectif: 'le travail est à déserter, les lieux sont à occuper, les flux sont à bloquer.' "

Des assemblées générales devraient se tenir cette semaine dans les facs pour décider de la suite à donner à la mobilisation. "Construire une grève nationale des universités à travers tout le pays, afin de déboucher sur une grève générale interprofessionnelle": glanés sur le Bondyblog, ces propos d'un étudiant à l'AG de Tolbiac se recoupent avec l'appel de l'UNEF (Union nationale des étudiants de france).

Le premier syndicat étudiant, appelle  à amplifier la mobilisation et à manifester le 20 novembre aux côtés des fonctionnaires:

"A l’occasion de l’ouverture du débat budgétaire, les étudiants dénonceront la supercherie du projet de loi de finances 2008 pour l’enseignement supérieur, qui malgré une augmentation affichée de 1,8 milliard d’euros, ne prévoit aucun nouveau crédit pour les étudiants ou les universités, et est le premier budget depuis plusieurs dizaines d’années à ne prévoir aucune création de postes."

Les étudiants parlent également de se joindre à la grève de la SNCF, prévue le 13 novembre. Grève reconductible, elle précedera celle des fonctionnaires. Les cinq fédérations syndicales de l'énergie (EDF et GDF), contre la réforme des régimes spéciaux, pourraient également participer à cette journée de mobilisation. De quoi faire de la fin de l'automne une pénibe course d'obstacles sociale pour le gouvernement.