09 décembre 2007

En Picardie : le Banc de l'Illette

Le Banc de l'Illette, situé dans la réserve naturelle de la baie de Somme, correspond à un ancien banc de sable autrefois submergé lors des marées hautes, mais aujourd'hui couvert d'une végétation herbacée et arbustive.
C'est l'un des endroits les plus calmes du Nord de la France, mais surtout un spot ornithologique de plus en plus connu par les ornithologues locaux et par les observateurs de passage.
C'est en effet un secteur d'un intérêt majeur pour le suivi de la migration: une très grande variété d'espèces (une centaine) peut y être notée en passage, des passereaux aux rapaces en passant par des limicoles et les grands échassiers. Les effectifs qui y transitent durant la journée (la migration nocturne n'étant pas suivie) s'élève à plusieurs centaines de milliers d'oiseaux et pourraient même atteindre ou dépasser le million d'individus!
Thierry Rigaux, de l'association Picardie Nature,  nous fait découvrir ce coin qui mérite vraiment une visite : Le Banc de l'Illette


Présentation générale
 

Vue aérienne
Vue aérienne: au premier plan, le Banc de l'Illette; les bassins à l'arrière-plan sont situés dans le parc ornithologique du Marquenterre
Photo: Syndicat Mixte Baie de Somme Grand Littoral Picard

Le Banc de l'Illette est situé dans la   réserve naturelle de la baie de Somme, au nord de la baie.
Il correspond à un ancien banc de sable, autrefois submergé lors des marées hautes, mais qui, du fait d'une dynamique sédimentaire très active (ensablement), est  aujourd'hui couvert d'une végétation herbacée (chiendent, oyats, chardon des sables ...) et arbustive (argousiers, en particulier).
Le Banc de l'Ilette offre une vue sur une grande partie de la Baie de Somme (les villages du Crotoy, de Saint-Valery-sur-Somme et du Hourdel sont visibles) et, vers le Nord, sur le parc ornithologique du Marquenterre (marais arrière-littoraux et vastes dunes en partie couvertes de pins). Le site offre l'une des ambiances les plus naturelles et les plus calmes de l'ensemble du Nord de la France, aucun bruit de circulation ne troublant le calme du site; seuls les passages des tracteurs utilisés pour la mytiliculture, les survols occasionnel de quelques avions ou ULM ou de rares jet-skis théoriquement interdits au coeur de la baie de Somme pertuberont temporairement la tranquillité du visiteur.
On entend désormais parfois depuis le banc les "hurlements" des Phoques gris, bien présents depuis quelques années dans la baie aux côtés de l'importante colonie de Phoques veaux-marins: près de 200 Phoques veaux-marins et 51 Phoques gris ont ainsi été comptabilisés au cours de l'été 2007 par Picardie Nature et/ou par Philippe Thiéry.
 
Accès


Carte d'accès au Banc de l'Illette: en rouge, trajet depuis le parking de la Maye
Carte: ornithomedia.com
Carte d'accès au Banc de l'Illette

Pour visiter le Banc de l'Illette, il faut tout d'abord rejoindre la Baie de Somme, par le train (ligne Paris-Calais, puis arrêt à Rue ou à Noyelles-sur-Mer) ou en voiture (A16 depuis Paris).
Il faut ensuite disposer d'une voiture pour rejoindre le parking de la Maye, situé au nord du Crotoy.
Vous entrez ensuite dans la Réserve Naturelle de la Baie de Somme, et il faut donc suivre  la réglementation  mentionnée sur les bornes et panneaux: n'oubliez pas notamment que les chiens ne sont pas autorisés.

Depuis ce parking, il faut traverser la Maye si la mer est basse (bottes assez hautes nécessaires) ou faire le tour par les écluses de la Maye (écluse de Ferolles, voir notre carte), puis longer le parc ornithologique du Marquenterre jusqu'au banc (profitez-en pour observer sur les bassins du parc, le long des dunes et sur les bords de l'estuaire). Si la mer est trop haute, il faut poursuivre un peu plus au Nord pour accéder au banc.

 
Les oiseaux


Vue de la végétation du Banc de l'Illette
   Banc de l'Illette, novembre 2007
Photo: Thierry Rigaux

Le Banc de l'Illette présente un intérêt majeur pour le suivi de la migration active: une grande variété d'espèces (une centaine) peut en effet y être notée chaque année lors du passage post-nuptial. Simultanément, de nombreuses autres espèces peuvent être notées en halte migratoire :grands échassiers tels que Hérons cendrés (Ardea cinerea), Spatules blanches (Platalea leucorodia), Cigognes noires (Ciconia nigra) et  limicoles: parfois plus de 10 000 Huîtriers-pies (Haematopus ostralegus),  des Vanneaux huppés (Vanellus vanellus), des Pluviers dorés (Pluvialis apricaria), des Bécassines des marais (Gallinago gallinago), des Bécasseaux variables (Calidris alpina), ...

Les effectifs de passereaux qui transitent chaque année par le site durant la journée (la migration nocturne n'étant pas suivie) s'élèvent à plusieurs centaines de milliers, peut-être à un million d'oiseaux.

Banc de l'Illette Banc de l'Illette, novembre 2007
Photo: Thierry Rigaux
Banc de l'Illette Banc de l'Illette, novembre 2007
Photo: Thierry Rigaux
Banc de l'Illette Banc de l'Illette, novembre 2007
Photo: Thierry Rigaux

Quelques chiffres

- Près de 450 000 oiseaux ont été comptés   en 46 jours et 258 heures   entre le 26 août et le 14 novembre 1985
- 330 000     pendant   30 jours (plus de 100 heures d'observation) du 13 août au 16 novembre 1986
- 360 000 oiseaux de 77 espèces en 1987 (en 182 heures)
- 261 906 oiseaux  en 2006 (données disponibles sur le  site web néerlandais www.trektellen.nl).

Les espèces emblématiques

Bruant lapon (Calcarius lapponicus)
  Le Bruant lapon (Calcarius lapponicus) est régulier sur le Banc de l'Illette (photographié ici au Cap Gris-Nez (Pas-de-Calais) le 31/10/2007)
Photo: Vincent Palomares

Parmi  les passereaux, le Pinson des arbres (Fringilla coelebs) figure  parmi les plus abondants, avec  des effectifs comptés qui ont déjà atteint 316 000 individus en 1985, avec un maximum journalier de 190 000, et 256 000 en 1987.
 La Grive mauvis (Turdus illiacus) (23 600 oiseaux notés le 26 octobre 1987), l'Alouette lulu (Lullula arborea) (1205 en 2006), le Pipit rousseline (Anthus campestris) (14 en 1987), le Pipit de Richard (Anthus richardi) (espèce assez régulière sur le site, avec un maximum de 1 ou 2 individus par an), le Bruant lapon (Calcarius lapponicus) (38 individus comptabilisés en 1987) constituent d'autres passereaux représentatifs.

Parmi les rapaces, l'Epervier d'Europe (Accipiter nisus) (168 individus  en 1985, 265 en 1986 et 579 en 1987) est l'espèce la plus abondante, mais l'on note également régulièrement en migration active des Faucons hobereaux (Falco subbuteo) et émerillons (F. columbarius) (14 en 1985, 8 en 2006).
La migration active du Faucon pèlerin (Falco peregrinus) (deux en 1985, non noté  en 2006) est parfois difficile à distinguer des mouvements d'oiseaux locaux, présents en quasi-permanence sur la réserve naturelle. On constate la même difficulté    pour le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), dont sept individus  ont toutefois été comptabilisés en migration active en 2006.


Calendrier, déroulement de la migration

La migration s'étale sur une très longue période (de la mi-juillet à la fin de la première  décade de novembre), mais elle n'a jamais fait l'objet d'un suivi sur l'intégralité de cette période. Les suivis les plus complets  (et pour lesquels l'on dispose d'un compte-rendu) ont été effectués en 1985 et 1986 par Guy Flohart,  en 1987 par G. Flohart et Laurent Gavory.
En 2006, Jérôme Mouton et Thierry Rigaux ont assuré l'essentiel d'un suivi assez régulier mis en ligne sur  www.trektellen.nl, renouvellé en 2007, qui a   mobilisé de multiples observateurs.


Bilan synthétique du suivi de la migration en 2007

Les années se suivent et ne se ressemblent pas: alors que l'année 2006 s'était révélée particulièrement calme, notamment concernant le passage de plusieurs espèces de passereaux (Mésanges noires, Tarins des aulnes...) ou de l'Epervier d'Europe (total très faible de 127 individus en 2006, avec un maximum journalier très modeste de 15 oiseaux le 16 octobre), l'automne 2007 s'est montré bien plus riche.
Après une trentaine de jours de présence des observateurs depuis le début de l'automne 2007 (29 jours en 2006), les effectifs comptés dépassent bien souvent les effectifs totaux de l'automne 2006, parfois de beaucoup.
Voici quelques exemples marquants:
- plus de 400  Eperviers d'Europe, avec deux maxima journaliers de 34 individus le 7 octobre et de 71  le 14
- les premières Grives litornes (Turdus pilaris) dès le 27 septembre, et plus de 500 à la mi-octobre (contre seulement 200 à la fin du mois d'octobre  2006)
- un premier passage, exceptionnellement précoce, d'au moins 4500 Grives mauvis a été noté le 27 septembre, suvi par environ 400 oiseaux le 9 octobre et1310 le 21 octobre
- plus de 5700 Mésanges noires (Parus ater) ont été comptés avant la fin du suivi de la migration, avec un maximum de 1145 individus de 9h00 à 12h00 le 10 octobre 2007 (une seule Mésange noire en migration en 2006!)
- les Choucas des tours (Corvus monedula) ont été  de retour, avec un total de plus de 13 000 individus et un maximum journalier  d'environ 3800 le 21 octobre 2007 (impressionnant !)
- 746 Moineaux friquets (Passer montanus) ont été notés le 5 novembre, alors que le total de 2006 se montait à 12 individus
- plus de 8700 Tarins des aulnes (Carduelis spinus) ont été comptés, dont   plus de 3000 le 1er novembre (un peu plus de 700 pour l'ensemble de l'automne 2006)
- beau passage de Pigeons colombins (Columba oenas), avec un total de 2800 oiseaux environ, dont au moins 760 le 6 octobre et 925 le 14 octobre 2007 (total de 200 indivdus en 2006)

Des espèces peu communes ou rares pour le site, en migration active ou en halte migratoire, ont aussi été observées, comme la Rémiz penduline (Remiz pendulinus) notée les 6, 7, 8 et 14 octobre alors que l'espèce est rarissime en baie de Somme ou, tout au moins, n'y a quasiment jamais été notée.
Autres espèces remarquables:
- Pipit de Richard (noté du 27 septembre au 10 octobre, avec au total très probablement au moins 7 individus, dont un maximum journalier de 3 le 2 octobre)
- Pie-grièche grise (Lanius excubitor): 3  en 3 jours d'observation

 

Hibou des marais (Asio flammeus)
  Hibou des marais (Asio flammeus), Banc de l'Illette, le 28/10/2007
Photo: Vincent Palomares

 

- Hibou des marais (Asio flammeus): 2 le 30 septembre, 3 le 3 octobre
- Milan royal (Milvus milvus): un le 30 septembre et un  le 23 octobre
- Balbuzard pêcheur: de un à deux oiseaux en halte
- Faucon hobereau: au moins 3 individus présents simultanément
- Faucon émerillon: de 3 à 5 individus  le 30 septembre, avec  un total de 14 migrateurs pour seulement 3 individus en 2006
- Faucon pèlerin: deux  en migration active le 7 octobre, 4 en stationnement le 10 octobre, un  autre migrateur le 3 novembre
- Autour des palombes (Accipiter gentillis): deux   le 8 octobre, deux autres le 2 novembre...
Observateurs: Jérôme Mouton, assisté de Claudine (suivi et transmission de l'information), Thibaud Daumal, Patrick Decory, Bruno Durieux, Olivier Hernandez, Adrien Mauss, Thierry Rigaux, Pierre Royer.


Contacts

- Thierry Rigaux - E-mail:  thierry.rigaux@club-internet.fr -   Picardie Nature
(association organisant la collecte et la valorisation des données relative à la migration active) - Site web: www.picardie-nature.org.
- Philippe Poiré (coordinateur des gardes de la réserve naturelle) - Syndicat Mixte Baie de Somme Grand Littoral Picard - E-mail: garde@baiedesomme.org - Site web:  www.baiedesomme.org - Tel: 06 15 03 16 87.



Posté par C_H_A_T à 11:37 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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