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PARIS (Reuters) - Le moral des Français a poursuivi son recul en décembre pour tomber à son plus bas niveau depuis 19 mois, faisant craindre pour les dépenses de consommation dans la deuxième économie de la zone euro.

 

L’indicateur résumé de l’opinion des ménages a reculé à -29 en données corrigées des variations saisonnières après -28 (confirmé) en novembre, annonce l’Insee. Seize économistes interrogés par Reuters attendaient en moyenne un chiffre stable à -28.

 

S’il a freiné sa chute en décembre après une dégringolade de cinq points le mois précédent, l’indicateur résumé n’en a pas moins baissé pour le cinquième mois consécutif et il se situe maintenant à son plus bas depuis mai 2006, pendant la crise du CPE, quand il avait reculé jusqu’à -29 également.

 

La fin des grèves dans les transports en novembre et l’approche de Noël n’ont donc pas rendu le sourire aux ménages français.

 

"En novembre on avait eu une dégradation du sentiment sur le chômage et l’inflation. On est toujours dans un climat difficile et, avec l’envolée des prix de l’énergie et des matières premières, il n’y a pas de quoi rassurer les ménages", commente Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel Leven à Paris.

 

"Cela ne permet pas d’espérer un très fort rebond de la consommation. Le sentiment général semble être que les dépenses des ménages ont été plus restreintes à Noël".

 

UN SIGNAL INQUIÉTANT

 

La consommation des ménages, principal moteur de la croissance économique française, avait accusé une baisse inattendue en novembre. Les chiffres de la confiance viennent renforcer les inquiétudes pour le début 2008.

 

"C’est un signal très inquiétant pour l’économie française : la consommation en produits manufacturés s’est inscrite en baisse depuis septembre, de sorte que la croissance du PIB au quatrième trimestre a dû être très faible", relève Alexander Law, économiste chez Xerfi, qui anticipe un nouveau coup de frein de la consommation au premier trimestre et un PIB en hausse de 1,4% seulement en 2008.

 

Le gouvernement table sur une croissance du produit intérieur brut d’au moins 2% en 2007 et 2008 et le Premier ministre, François Fillon, a réaffirmé jeudi que la croissance était "sur la bonne voie". "La seconde partie de l’année 2007 montre que nous sommes sur la bonne voie contrairement à toutes les prévisions des experts", a déclaré le chef du gouvernement, tout en soulignant la nécessité d’accroître "à la fois le volume de travail et la productivité".

 

Le président Nicolas Sarkozy, qui avait fait du pouvoir d’achat son cheval de bataille pendant la campagne électorale, a annoncé depuis une série d’initiatives mais sans convaincre les Français : un sondage Ifop publié fin décembre dans Dimanche Ouest France révélait qu’un quart des personnes interrogées faisaient confiance au gouvernement pour augmenter leur pouvoir d’achat, alors qu’elles étaient 36% en août.

 

DE MEILLEURES PERSPECTIVES

 

L’enquête mensuelle de l’Insee comporte cependant deux points positifs. Les perspectives d’évolution du niveau de vie se sont améliorées après leur forte dégradation des mois précédents et, si les ménages sont plus nombreux à estimer que les hausses de prix ont été fortes sur le passé, ils anticipent en revanche des hausses moins rapides au cours des 12 prochains mois.

 

"Les consommateurs ont des inquiétudes sur l’inflation et le pouvoir d’achat dans l’immédiat, plutôt que sur le moyen terme", note Guillaume Menuet, économiste chez Merrill Lynch.

 

Les perspectives d’inflation, comme celles concernant le chômage, reviennent à leur meilleur niveau depuis juillet mais l’enquête montre que les ménages semblent plutôt vouloir en profiter pour restaurer leur épargne que pour procéder à de gros achats.

 

"Le ralentissement du recul du chômage (qui se stabiliserait d’ici la mi-2008) et la hausse des taux d’intérêt (en particulier concernant le Livret A) devraient logiquement jouer en ce sens. Le supplément de revenu apporté par les mesures du paquet fiscal, par celles plus récentes concernant les RTT et par un éventuel déblocage de la participation ne devrait donc qu’amortir le ralentissement de la consommation et non l’inverser", juge Mathieu Kaiser chez BNP Paribas.

 

L’enquête de conjoncture de l’Insee a été réalisée du 1er au 19 décembre auprès de quelque 2.000 ménages.

 

Véronique Tison et Kerstin Gehmlich