Pourquoi les Chinois resteront insensibles aux pressions européennes
Nicolas Sarkozy n'est pas le seul à se rendre à Pékin cette semaine.
Une troika de hauts personnages, emmenés par Monsieur Trichet président
de la Banque centrale européenne en personne, accompagné de Monsieur
Juncker président de l'Eurogroupe et Monsieur Almunia, commissaire
européen aux affaires économiques, débarque également à Pékin pour
réclamer une réévaluation du Yuan.
Et ce n'est pas tout : Monsieur
Paulson, directeur du Trésor américain va lui aussi bientôt se rendre à
Pékin. Pour réclamer quoi ? La même chose... Une réévaluation du Yuan.
Exactement. A cela les Chinois vont répondre non, évidemment, et ils
ont bien raison. Certes, disent-ils aux Européens, le déficit de
l'Europe vis-à-vis de la Chine était en 2006 de 130 milliards d'euros,
mais c'est de votre faute. Car nombre de sociétés qui exportent de la
Chine vers l'Europe sont des sociétés américaines ou européennes. En
fait, plaignez vous de votre tendance à délocaliser et externaliser, et
fichez nous la paix. Et les Chinois d'asséner cette statistique : 58%
des exportations chinoises sont le fait de sociétés à capitaux
étrangers.
Faut-il croire cette statistique ?
C'est assez compliqué. En fait, les entreprises à capitaux européens
sont responsables directement de 10 à 15% des exportations de la Chine
vers l'Europe, ce qui n'est pas mal. Mais ces entreprises exportent
également vers l'Asie, donc leur activité chinoise est essentielle.
Mais nombre d'entreprises à capitaux coréens ou chinois travaillent
sous licence européenne et exportent. Ces sociétés sont domiciliées
dans des paradis fiscaux type Iles Caïman ou Iles Vierges britanniques,
afin de ne pas trop payer d'impôts.
D'autres entreprises, comme Adidas, avouent faire 97% de leur fabrication en Chine. Ericsson fabrique à 25%, de même qu'Ikea. Au total, on peut dire qu'entre 25% et la moitié des exportations chinoises vers l'Europe sont le fait d'entreprises. Et toutes ces entreprises, comme les entreprises américaines délocalisées clament : «Surtout ne dévaluez pas le Yuan» Ce pauvre Monsieur Trichet a du travail.