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11 janvier 2008

Sarkosy ou l'impuissance politique

Durant la campagne présidentielle du printemps 2007, Nicolas Sarkozy avait présenté sa candidature sous les auspices du retour du politique.

 

Son volontarisme devait être un principe d’action et « la rupture » : le ferment de changements profonds contrecarrant le soi-disant « déclin de la France ».

 

Or, force est de constater que depuis son arrivée à la tête de l’Etat, le nouveau Président de la République a ritualisé l’incapacité du politique à pouvoir changer le cours des choses.

 

La mise en scène est immuable : Nicolas Sarkozy entonne toujours le chant de l’activisme comme gage de sa bonne foi, mais très vite, sous un tombereau d’annonces (cf. sur le pouvoir d’achat), se dessine plus une obligation de moyens qu’une obligation de résultats.

 

Les médias de gouvernement servent ici de caisse de résonnance pour faire tourner en boucle le verbe sarkozien : des paroles et des idées souvent transgressives pour être commentées et occuper le chaland pendant que les réformes régressives sont à l’œuvre.

 

De nombreux exemples ces dernières semaines peuvent étayer ce phénomène de déréalisation, mais je souhaite m’attarder sur les emblèmes les plus symboliques de l’impuissance du politique engendrée par les modalités narratives de la Présidence Sarkozy.

 

En matière de pénalisation de la société, de flux migratoires et de lois concernant l’organisation du travail, les textes législatifs se sont amoncelés, se contredisant les uns les autres et ne devant répondre finalement qu’aux impératifs de la geste médiatique du Président de la République.

 

Les spécialistes d’Histoire ancienne et médiévale s’intéressant aux structures politiques, ont souvent constaté que des pouvoirs centraux affaiblis n’étaient pas les derniers à légiférer de manière pléthorique. Ainsi, combien de décrets royaux des premiers capétiens ont tenté d’encadrer l’ordalie, sans résultats probants ?

 

Pour le gouvernement Fillon, l’ordalie a pour nom « heures supplémentaires », « immigration choisie » ou « peines de sûreté après le temps de la condamnation ».

 

Le plus cocasse concerne sans aucun doute le démantèlement des 35 heures, par le biais de la défiscalisation des heures supplémentaires…

 

La droite aura réussi en 6 mois à voter deux lois sur ce même sujet (TEPA en août et rachat des RTT en décembre) et s’apprête, par la possible suppression de la durée légale du travail, à mette fin tout bonnement à la notion d’heure supplémentaire remettant non seulement en cause le surcroît de rémunération des heures au-delà du temps légal hebdomadaire, mais aussi le principe de défiscalisation de ces heures (donc ses propres lois) !

 

Le tout et son contraire, sur la question cardinale du pouvoir d’achat des ménages, n’est-ce pas l’assurance que nos concitoyens se détournent de la politique et se réfugient, une nouvelle fois, dans l’abstention ou le vote contestataire ?

 

Les lois sur l’immigration auront eu une durée de vie plus longue, avant celle de Brice Hortefeux fin 2007, nous avions eu celle de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur en …2006, mais comme pour les heures sup’, une loi inique vient en annuler une autre avant même que les décrets d’application de la précédente n’ait été publiés au journal officiel !

 

Mais c’est Rachida DATI qui aura été la plus constante en épousant parfaitement les à coup de l’actualité judicaire et les déclarations incantatoires et compassionnelles du Président de la République pour viser au « grand renfermement » de la société et faire de la justice pénale la variable d’ajustement d’une politique de l’affect et de l’instant.

 

Derrière cette frénésie législative se cache une entreprise idéologique assumée. Nicolas Sarkozy part d’un constat souvent partagé que le pouvoir n’est plus aux mains des politiques. Mais loin de combattre cet état de fait, le Président de la République a décidé de le parachever.

 

Les lois que l’on fait puis que l’ont défait, les conflits d’intérêts entre la sphère publique et la sphère privée… mais vivant de la commande publique, le Président people et le mannequin et maintenant la « notation » des ministres, tout concourt à diluer la grandeur de l’Etat et la ravaler à un succédanné de feuilleton de tabloïd.

 

Nicolas Sarkozy dit ainsi que la société politique a si peu d’importance à ses yeux qu’elle ne se pense que comme une excroissance de la société du spectacle. Cet effacement marque également la déification de l’argent facile et propose comme figure tutélaire : le patron millionnaire ami du Président (à moins que cela ne soit l’inverse…).

 

Enfin, il est ici question d’une privatisation de l’Etat, là où le suffrage universelle et la représentation nationale ne sanctionnent plus l’action des ministres et sont remplacés par un cabinet d’audit…

 

Il s’agit bien d’une inversion des normes, un désordre, une forme de violence symbolique qui a comme corollaire la pénalisation des pauvres et l’accroissement des inégalités sociales.

 

Face à ces dérives, la gauche et singulièrement le Parti socialiste, ne doivent pas entériner ce rapport à la nouvelle société médiatico-politique. Le rapport dialectique de la confrontation au sarkozysme d’Etat ne pourra distinguer le fond et la méthode.

 

Il serait ainsi mortifère d’accepter le jeu du combat de coq, les Une de Paris Match, alors que se posent à la gauche des enjeux au combien plus essentiels que la logique de désignation / élimination digne de la plus sordide télé réalité.

 

Pour être contre Sarkozy, il faudra être en opposition sur son mode de gouvernement, il ne sera donc pas possible d’en emprunter, par ailleurs, les travers…

 

Nous devons attendre de nos camarades éminents, lors du Congrès de cette année, de trancher des questions principielles, telles les nouveaux moyens d’une croissance réellement redistributive, l’internationalisme socialiste contre la mondialisation libérale, ou l’achèvement, par l’Europe sociale et politique, du « rêve européen »,et non, de nous proposer les meilleurs têtes de gondole du moment pour diriger notre Parti…

Rodolphe KAUFFMANN

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