L'idée de SARKO « Inimaginable, insoutenable » indique Simone Veil
Convié en lieu et place du Premier ministre au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Nicolas Sarkozy a annoncé son souhait de voir confier à chaque élève de CM2 la mémoire de l'un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. Son discours terminé, il se dirige vers son « amie » Simone Veil et l'embrasse comme si l'ancienne déportée était parfaitement d'accord avec lui. Aussi, c'est une surprise de taille, vendredi, quand la présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah condamne cette initiative sans appel sur le site de l'Express : « Mon sang s'est glacé, écrit-elle. C'est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger ça à des petits de 10 ans, on ne peut pas demander à un enfant de s'identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter ».
Simone Veil a ajouté : « Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés après la guerre à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et aujourd'hui encore, nous essayons d'épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d'enseignants parlent -très bien - de ces sujets ». Pour elle, la suggestion du chef de l'Etat risque aussi d'attiser les antagonismes religieux : « Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d'incarner le souvenir d'un petit juif ? »
Ce désaveu cingle comme une gifle de la part d'une personnalité respectée de tous bords comme Simone Veil et surtout qui avait apporté au candidat Nicolas Sarkozy un soutien de poids et sans faille lors de la campagne présidentielle, tournant le dos à François Bayrou. Le chef de l'État venait de lui confier la rédaction d'un texte destiné à introduire la nouvelle Constitution. Un sérieux revers donc pour Sarkozy quoi qu'en dise son entourage. Toutefois, sa directrice de cabinet a affirmé hier que « transmettre la Shoah » était « essentiel » et que le président de la République avait « la volonté très nette de ne pas céder sur cet enseignement ».
LADEPECHE.FR